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Le jugement tel que je l'entendrais
ici consiste à considérer quelque chose comme bien ou
mal, à distinguer les gentils des méchants, ce qu'il
convient de faire de ce qui est innacceptable etc. C'est dire si
c'est un processus fondamental dans notre appréhension du
monde ...
Par certains points, le jugement
s'apparente à une forme primitive de catégorisation. En
effet, lorsque par exemple nous jugeons un comportement, nous le
faisons correspondre à un degré sur un continuum allant
du bien au mal. Tout comme pour la catégorisation, cette
opération permet une certaine économie. Une fois que
nous avons déterminé ce qu'il faut en penser, nous
n'avons en général pas besoin de continuer à
raionner puisque le degré d'information est suffisant pour
déterminer nos comportement vis à vis de l'objet : si
c'est bien, j'approuve, je m'ouvre, je répond positivement. Si
c'est mal, je désaprouve, je fuis, je répond
négativement. Ainsi, la plupart du temps il nous suffit
d'écouter la voix de la société, de la religion
ou de la loi qui nous dit si ce que nous évaluons est bien ou
mal pour savoir comment nous comporter.
Ce même mécanisme, nous
l'appliquons à nous même : lorsqu'une idée nous
vient, si elle nous parait aller dans le sens de ce qui est bien,
nous l'envsisagerons, alors que si elle va dans le sens du mal, nous
la rejetterons. Il arrivera même un moment ou ce que nous
considérons comme mal ne nous viendra même plus à
l'esprit : << ce que cette personne a fait ne me viendrait
même
pas à l'esprit >>. Est-ce à dire que ce que font
les autres et que nous jugeons comme mauvais est incohérent ?
Doit-on penser qu'ils sont fous et qu'ils échappent à
toute compréhension ?
Cette approche ne me paraît ni
constructive, ni réaliste. Par exemple la peine de mort est
abolie en france, mais ailleurs dans le monde, elle constitue encore
une punition acceptable pour certains. Ces gens n'obéissent-ils
à aucune logique ? Et que dire de ces thèmes sur
lesquels nous n'avons pas tous le même jugement, au sein
même
de notre pays : avortement, fidélité, euthanasie etc.
etc. ? On voit vite les limites du modèle “bien” contre
“mal” qui nous permet d'agir, mais paradoxalement pas de
comprendre. En fin de compte, lorsque nous jugeons, nous emprisonnons
notre esprit dans le schéma simpliste du bien et du mal qui ne
permet ni de comprendre, ni de se comprendre soi-même : le
jugement est un frein à la connaissance et à la
compréhension, mais il est économique psychologiquement
et faussement rassurant, car il donne le sentiment de ne pas pouvoir
être influencé (alors qu'en réalité nous
le sommes déjà lorsque nous jugeons).
L'idée même de se
débarasser de tout jugements fait peur. Peur de l'influence
des autres, mais surtout peur de soi-même. En fin de compte, le
manichéisme est un outil hors pair pour refouler au plus
profond de notre subconscient toutes les pulsions que nous ne pouvons
assouvir dans notre société sans nous exposer à
la critique voire à la loi ! Il existe pourtant des solutions
pour contourner ces difficultés. L'une d'entre elle consiste
à
utiliser des critères à la place des jugements. On
pourra par exemple évaluer la souffrance ou le bien-être
provoqué par une personne chez une autre plutôt que la
conformité de son comportement à certains codes
préétablis. Certains concepts psychologiques et
sociologiques permettent également de dégager la
logique des comportements qui peuvent nous paraître mauvais ou
incohérents. Celui de culture, de micro-culture ou, au niveau
individuel de représentation par exemple ... |