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La théorie du jugement social

Dans les années soixante, Muzaref, Sherif, Nebergall et Hovland élaborent une théorie du changement d'attitude dont le pouvoir explicatif est particulièrement intéressant : la théorie du jugement social. En réalité, derrière ce nom quelque peu rébarbatif se cache une idée si simple qu'elle semble découler du seul bon sens : lorsqu'on est exposé à une communication persuasive, celle-ci est dans un premier temps évaluée (le point de vue est il acceptable ou non ?) et ce n'est qu'en fonction de ce jugement que le changement d'attitude a lieu on non. En conséquence de cette hypothèse fondamentale, trois cas de figure sont possibles :

Tout d'abord, la position défendue peut se trouver dans la marge d'acceptation du sujet : c'est à dire suffisamment proche de ses propres convictions pour qu'il la juge acceptable. La théorie prévoit alors d'un part un effet d'assimilation, c'est à dire que le sujet jugera le message persuasif plus proche de sa propre attitude qu'il ne l'est en réalité, et d'autre part qu'il modifiera son attitude dans le sens du message et ce, de façon d'autant plus marquée que ce message défendra une position extrême par rapport à la sienne.

Mais la position défendue peut également appartenir à la marge de rejet du sujet, autrement dit aux positions qu'il juge inacceptables avec ici des prévisions diamétralement opposées aux précédentes : effet de contraste (la position défendue est jugée plus extrême qu'elle ne l'est) et absence de changement d'attitude, voire changement d'attitude dans le sens opposé (effet boomerang).

Enfin les auteurs définissent une zone de neutralité entre marge d'acceptation et de rejet avec un passage plus ou moins flou de l'assimilation au contraste.

Si cette théorie a été confirmée expérimentalement (Aronson et Carlsmith, 1963 ; Whittaker, 1965 observent par exemple une relation curviligne entre distance du point de vue du sujet et celui de la communication persuasive), elle souffre tout de même de certaines imperfections, en ce sens qu'elle néglige totalement le rôle du contenu argumentatif : qualité des arguments et du raisonnement. Par ailleurs, la position du passage de l'effet d'assimilation à celui de contraste reste mal définie ...
Par Psyché, le 10/03/2005

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