|
Alors qu’on est en droit de considérer la science comme une forme
de connaissance parmi d’autres (connaissances traditionnelles, croyances
religieuses …), elle est devenue, tout du moins dans nos sociétés
occidentales, la référence absolue en terme de savoir et de crédibilité.
Les publicitaires l’ont bien compris quand ils nous vantent la dernière
margarine dont les mérites sont démontrés par des études
scientifiques, ou la crème qui diminue les rides de 80%. Mais est-ce
vraiment de science dont il s’agit ? Et tout d’abord, qu’est
ce qui caractérise la science ? Comment la reconnaître ? C’est
à ces questions que nous essayerons de répondre dans un premier
temps, pour nous atteler dans un second à détruire un mythe aussi
répandu que dangereux, celui de la science infaillible. Nous tenons cependant
à rassurer dès à présent le lecteur : il ne s’agit
pas de remettre l’intérêt de la science en cause, mais bien
d’apporter des arguments qui montrent qu’elle doit toujours être
considérée avec recul.
Science ou imposture ? Comment faire la différence ? Qu'est-ce
que la science ?
Avant tout, faisons remarquer que la science, comme les autres formes de connaissances
dont il était question ci-dessus a pour but d’obtenir un consensus
sur les données qu’elle produit. Elle diffère néanmoins
d’autres types de connaissances par un certain nombre de points :
- Tout d’abord cet accord repose sur des observations aussi
objectives que possibles (bien que cet idéal soit inatteignable).
Par là, nous entendons que dans l’absolu, deux observateurs sont
sensés rapporter la même description d’un phénomène
donné. Pour atteindre cet objectif, il faut tout d’abord des
méthodes d’observation aussi explicites que
possibles et des concepts définis avec rigueur et précision
(schématiquement, observer les mêmes choses et utiliser les mêmes
mots).
- Un autre point est celui des raisonnements et des méthodes employées
qui doivent être aussi rationnels que faire se peut.
Le modèle des mathématiques et de la logique constitue un idéal
en à la matière pour nombre de scientifiques, bien qu’il
existe d’autres approches scientifiques plus qualitatives
: formules et réactions chimiques, descriptions de phénomènes
biologiques, etc. Ainsi, vous l’aurez compris, lorsqu’on vous
parle de 80% de rides en moins, c’est une façon détournée
d’associer dans votre esprit le produit à la science par le biais
des mathématiques.
- Enfin, et bien que nous n’ayons pas épuisé le sujet
(bien d’autres choses caractérisent encore la science), un point
capital reconnu par l’ensemble de la communauté scientifique
doit être évoqué : la science se doit d’apporter
la preuve publique de ses affirmations. En effet, théoriquement
n’importe quelle conclusion scientifique doit pouvoir être vérifiée
et c’est pour cette raison que les textes scientifiques se distinguent
entre autre par la traçabilité de l’information
et/ou la description des expériences et des raisonnements.
Idéalement, un scientifique devrait toujours pouvoir décrire
une expérience, reproductible, dont les résultats étayent
ses assertions.
Le mythe de la science infaillible.
Le plus connu des reproches adressés à la science est certainement
celui de ne pas parvenir à reconstruire la réalité
qu’elle découpe en morceaux afin de les analyser. Cette méthode,
qui consiste à simplifier artificiellement et à atomiser la réalité
afin de pouvoir en étudier un point en détail s’appelle
le réductionnisme.
La science mettra par exemple en évidence l’action d’une
molécule sur des tumeurs dans une éprouvette, mais cela ne permettra
pas d’être sûr que l’on peut l’employer pour soigner
les cancers chez l’homme car notre organisme est un milieu autrement plus
complexe que celui d’une éprouvette et rien ne permet d’affirmer
que la substance n’aura pas d’autres actions ou que son action ne
sera pas modulée par d’autres substances présentes dans
notre corps. Souvent, lorsqu’on se soigne par les plantes, on introduit
un grand nombre de principes actifs différents dans notre organisme en
ne consommant qu’une seule herbe et bien des phytothérapeutes soutiennent
que c’est cet ensemble qui lui confère son intérêt.
Par exemple, le médecin allemand Rudolf Fritz Weiss aurait constaté
durant ses recherches sur la mélisse que ses propriétés
calmantes seraient dues à l’action conjointe des principes qu’elle
contient et non à l’un seul d’entre eux.
Une partie de la science consiste donc à reconstruire des modèles
approximatifs de la réalité, si bien que les scientifiques ne
sont jamais totalement à l’abri d’une surprise. Un exemple
extrême est celui de la météorologie.
D’autre part, et cette limitation prend tout son sens avec ce qui vient
d’être dit, la science est lente comparée à l’infinie
complexité du monde, elle est difficile à mettre en œuvre
et (de plus en plus) coûteuse. Elle souffre donc encore de nombreuses
lacunes qui sont autant de doutes concernant les connaissances déjà
acquises dont on vient de voir qu’elles n’ont de valeur que dans
un contexte forcément moins connu que les conditions du laboratoire.
Le problème du coût doit d’ailleurs être traité
à part. En effet, sitôt qu’il est question d’argent,
on ne peut plus nier que des intérêts sont en jeu et cela soulève
des problèmes d’ordre moral : est-il normal que de grands groupes
privés puissent plus facilement commander d’importantes études
(par ailleurs difficilement reproductible étant donné les coûts)
en particulier concernant la santé publique (médicaments, OGM,
clonage) ? Ne risque-t-on pas de voir progressivement la science devenir une
idéologie au service de l’argent ?
Enfin, nous terminons en précisant qu’il existe des domaines que
la science n’abordera jamais, comme par exemple le jugement, la morale
et le sens profond que l’on donne à l’existence.
Voici ce que nous dirons en guise de conclusion : incontestablement
la science est la meilleure (la plus crédible) connaissance des problèmes
qu’elle aborde. Néanmoins il est capital de prendre du recul en
gardant à l’esprit que : 1. seules peuvent être qualifiés
de scientifiques les informations que l’on peut vérifier par soi-même
(bibliographie, expériences, …). 2. ces connaissances ne sont pas
des certitudes. 3. il convient de ne pas se focaliser exclusivement sur la science
: elle n’apporte pas de réponses à tout.
|